Grandir ou se reproduire ?

, par Audrey Darnaude

Chez les poissons, le passage à l’état mature est en général associé à un ralentissement de la croissance au bénéfice de la constitution de réserves pour l’activité reproductrice. Chez de nombreuses espèces, ce phénomène se reflète dans le patron de croissance des otolithes, par une réduction nette de la largeur des stries annuelles déposées après la maturité sexuelle. Chez les femelles, ces stries sont en général plus étroites, avec une zone translucide plus large. Cependant, le lien entre le changement de structure des otolithes et l’acquisition de la maturité sexuelle reste totalement à valider chez les mâles, et l’on ignore encore si le changement de sexe chez les espèces hermaphrodites affecte ou non de façon visible la structure des stries annuelles des otolithes.

Pour tenter de répondre à ces questions pour la dorade royale, 150 dorades mâtures (50 mâles et 100 femelles), seront achetées aux pêcheurs professionnels de la région en période de reproduction de l’espèce (de Janvier à février en 2016 et de décembre 2016 à février 2017). Ces individus s’ajouteront aux juvéniles capturés à leur sortie des lagunes pour les autres objectifs du projet.

Au fur et à mesure de leur récolte, toutes ces dorades seront mesurées et pesées et on évaluera leur statut sexuel (juvénile, mâle, femelle ou intersexué), leur rapport gonado-somatique (RGS) ainsi que leur fécondité (pour les femelles). Les largeurs des différentes stries de croissance de leurs otolithes seront ensuite estimées, à partir de coupes transversales passant par le noyau.

Les largeurs des stries d’accroissement successives de l’otolithe jusqu’à un âge donné seront mesurées en y ajoutant la distance entre le dernier annulus et le bord de l’otolithe. Pour chaque individu, ces données seront croisées avec le statut sexuel et les données biométriques à la capture afin d’explorer la variance de l’histoire de croissance des individus, depuis leur éclosion jusqu’à leur statut reproducteur final. Ceci aidera à déterminer les facteurs qui contrôlent la fonction sexuelle (âges de maturité sexuelle, fécondité relative) chez les dorades et à réduire les erreurs dans les estimations de statut sexuel et de fécondité aux échelles de l’individu et de la population.

Ces données seront combinées avec les mesures similaires déjà réalisées par nos équipes entre 2008 et 2011 (sur 275 juvéniles et 173 adultes âgés de 0 à 26 ans) afin d’améliorer l’estimation des paramètres démographiques (croissance, longévité, sex-ratio) indispensables pour la gestion des stocks locaux. Pour cela, l’âge des poissons à la capture sera estimé en comptant le nombre de stries de croissance annuelles complètes (annuli) depuis le noyau jusqu’au bord extérieur de l’otolithe et en tenant compte de la date de capture de l’individu et de celle du dépôt de la marque annuelle (en hiver chez la dorade). Nous comparerons ensuite les paramètres démographiques obtenus avec différents modèles de croissance (dont notamment la taille maximale L∞ et le facteur de croissance K du modèle de Von Bertalanffy) via :

  1. (1) l’approche traditionnelle, où les otolithes servent uniquement à déterminer l’âge à la capture pour un nombre élevé d’individus de tous âges (données transverses ensuite associées à la taille du corps des individus) et
  2. (2) une approche dans laquelle les largeurs des stries annuelles contenues dans les otolithes des adultes (données longitudinales) seraient implémentées dans les modèles, fournissant une estimation en théorie plus robuste de la croissance des individus.